07.11.2019, 08:00

Jaquet Droz: des automates au poignet

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Montre-automate unique au monde, le modèle Charming Bird met en scène un oiseau chanteur entièrement mécanique. Peint à la main, l’oiseau chanteur tourne sur lui-même, bat des ailes et ouvre le bec.

Miniatures Jaquet Droz est la dernière maison horlogère à maîtriser l’art des automates. Des créations mécaniques miniaturisées au point de tenir dans des montres-bracelets.

Poursuivant une quête pour «l’émerveillement et la poésie», Jaquet Droz construit des garde-temps animés qui reproduisent des scènes naturelles.

Des montres-bracelets aussi rares que chères, qui perpétuent l’ambition héritée des célèbres fabricants d’automates neuchâtelois Pierre et Henri-Louis Jaquet Droz: imiter le vivant. Un art complexe à maîtriser, que Jaquet Droz est désormais la dernière marque à pratiquer dans des montres, allant jusqu’à y installer un oiseau chanteur.

Dernier gardien

La maison horlogère, aux mains du groupe Swatch depuis 2000, assemble toutes ses pièces dans son quartier général chaux-de-fonnier: une barre de verre sombre qui se fond dans le paysage, en reflétant les pâturages jurassiens. Elle y a ouvert son atelier pour les métiers d’art en 2010, et celui des automates en 2015.

Les mouvements sont produits par la manufacture Blancpain, à la Vallée de Joux, tandis que les boîtes sont livrées par Comadur, au Locle. Les cadrans sont fabriqués à La Chaux-de-Fonds par Rubattel et Weyermann.

Toutes les pièces proviennent donc d’entreprises sœurs à l’interne de Swatch Group. Les composants, livrés semi-finis, sont décorés, gravés, peints et empierrés entièrement à La Chaux-de-Fonds, indique Taskin Hayret, codirecteur des opérations chez Jaquet Droz. L’emboîtage, la pose du bracelet et un ultime contrôle qualité sur les dimensions, les fonctions et l’esthétique, terminent le processus. Ce sont 3000 à 4000 pièces qui sortiraient de chez Jaquet Droz chaque année, mais l’entreprise ne chiffre pas sa production. Elle compte soixante employés.

Les composants, livrés semi-finis, sont décorés, gravés, peints et empierrés entièrement à La Chaux-de-Fonds.
Taskin Hayret, codirecteur des opérations chez Jaquet Droz.

Jaquet Droz possède un atelier dédié aux automates depuis 2015. (Christian Galley)

Sept animations sur un cadran

La plus emblématique des collections Jaquet Droz est la Grande seconde, dont le cadran forme un «8» caractéristique, inspiré d’une montre de poche de 1784, construite dans la première manufacture genevoise des Jaquet Droz. Mais les véritables prouesses micromécaniques se trouvent dans une collection d’un autre genre. Elle est constituée d’automates minuscules. Cames, soufflets, pistons et cylindres à picots s’activent sous les cadrans, pour se transformer, côté heure, en de somptueux spectacles, dont la force évocatrice est inversement proportionnelle à la taille.

La Tropical Bird Repeater en fournit un bel exemple. Cet oiseau tropical à répétition minute tinte avec délicatesse. Une discrétion qui témoigne du fait que son mécanisme acoustique, bien qu’efficace, n’a que peu de place pour raisonner à l’intérieur de sa boîte en or gravée de 47 millimètres. Car la répétition, en elle-même déjà une grande complication, n’est pas seule. Elle voisine le mécanisme de l’automate.

En surface, sous les aiguilles, un cadran en nacre, gravé et peint à la main, représente un paysage de rivière peuplé de plantes et de créatures exotiques. Lorsqu’il s’anime, un paon fait la roue, un colibri bat des ailes. Dans le feuillage tropical, un toucan et une libellule, dont la fonction est de donner la réserve de marche.

En tout, sept animations distinctes forment le spectacle. La Magic Lotus, elle, reproduit la contemplation d’un jardin zen. Le cadran rotatif, en nacre gravé et peint, représente un étang où flotte une fleur de lotus. A chaque fois que celle-ci passe sous l’un des deux nénuphars en suspension, la pierre qui se trouve en son centre change. Une carpe bouge la queue avant de disparaître sous des feuillages en or jaune et gris gravés. Une scène qui n’empêche pas le calibre de fonctionner plusieurs jours, grâce à ses 68 heures de réserve de marche. La pièce ne sera livrée qu’à 28 exemplaires.

La Magic Lotus Automaton se singularise par son animation d’une durée exceptionnelle de quatre minutes, durant lesquelles une carpe Koï, tout en tournant sur le cadran, agite la queue et fait mine de sauter hors de l’eau. (Christian Galley)

L’ensemble des éléments du cadran requiert l’apport des métiers d’art: sculpture de nacre, gravure de l’or, peinture miniature et émail Grand Feu. (DR)

Un oiseau chanteur sous la glace

La Charming Bird, plus contemporaine, est munie d’une coupole, sous laquelle un oiseau chanteur en trois dimensions virevolte sur simple pression de la couronne. Emaillé et peint à la main, il chante en ouvrant le bec, battant des ailes en tournant sur lui-même. Heure et minutes étant cantonnées à un cadran annexe, le reste de la boîte laisse découvrir le mécanisme: on abandonne ici le classicisme de la nacre au profit d’une esthétique plus «techno», due aux pistons et aux tubes en saphir, qui permettent de compresser l’air nécessaire au sifflet.

Un petit dispositif transforme le mouvement rotatif imprimé par le barillet en mouvement linéaire exigé des pistons. Ce mécanisme, dont formes, couleurs et matières diffèrent de celles des rouages horlogers, donne à la pièce son aspect contemporain.

Les automates affichent des prix catalogue de 130’000 à près de 700’000 francs pour le Tropical Bird Repeater. Ils sont réalisés en série limitée, généralement de huit exemplaires. Mais tous peuvent être personnalisés à la demande. Gravures, thèmes, couleurs: les clients sont rois.

Pourtant, dans les ateliers, on avoue volontiers que les motifs demandés par les acheteurs diffèrent peu de ceux proposés par la marque: oiseaux tropicaux, tigres, végétation… Les artisans s’attelleraient bien à des motifs plus contemporains ou originaux. Mais la créativité reste largement balisée par l’histoire de Jaquet Droz, très influencée par le commerce avec l’Asie.

Ces créations sont réalisées par des artistes à la dextérité hors du commun, dont le talent repose sur des années de pratique. Il en va de même pour les horlogers, qu’aucune école ne forme à la construction des automates. Il faut six ans d’expérience pour maîtriser les techniques micromécaniques, et un à trois mois de formation pour chaque nouveau mouvement, conclut Taskin Hayret.


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