11.11.2017, 00:01  

Un retard de deux ans à Berne

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Le peuple a exigé, en adoptant, le 9 février 2014, l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse», de donner la priorité aux chômeurs résidant en Suisse, censée entrer en vigueur l’année prochaine. Résultat: la mise en œuvre de la préférence indigène se retrouve retardée de près de deux ans...

 11.11.2017, 00:01   Un retard de deux ans à Berne

Par Philippe Boeglin

Chômeurs de Suisse, réjouissez-vous: la préférence indigène à l’embauche, c’est pour bientôt, pour 2018. C’est en tout cas ce qui a été annoncé. Car sur le terrain, la situation est moins reluisante. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) ne dispose pas de tous les outils informatiques adéquats. Et ce, alors qu’il connaît, depuis plus de deux ans, l’existence d’une...

Chômeurs de Suisse, réjouissez-vous: la préférence indigène à l’embauche, c’est pour bientôt, pour 2018. C’est en tout cas ce qui a été annoncé. Car sur le terrain, la situation est moins reluisante. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) ne dispose pas de tous les outils informatiques adéquats. Et ce, alors qu’il connaît, depuis plus de deux ans, l’existence d’une solution valable, venue de l’économie privée. Résultat: la mise en œuvre de la préférence indigène se retrouve retardée de près de deux ans, en 2020 (!). Et des critiques pleuvent sur le Seco, mais aussi sur le conseiller fédéral PLR Johann Schneider-Ammann, en charge du dossier.

C’est que le temps presse: le peuple a exigé, en adoptant, le 9 février 2014, l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse», de donner la priorité aux chômeurs résidant en Suisse. Selon le Conseil fédéral, cette préférence doit entrer en vigueur l’année prochaine.

Dès cette date, les entreprises devraient signaler aux Offices régionaux de placement (ORP) les postes vacants dans les professions affichant plus de 5% de chômage. Cela implique un vrai défi pour les ORP, qui se verront inondés par plus de 200 000 annonces. Pour les traiter, impossible de faire sans nouvelles applications informatiques: il s’agira de dénicher rapidement le bon profil de demandeur d’emploi pour chaque poste.

Pas de logiciel adapté

Problème: l’organe de tutelle, le Seco, n’a toujours pas de nouveau logiciel. Pourtant, une solution digne d’intérêt était sur sa table. Selon nos recherches, le Seco, mais aussi le ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, connaissent un programme informatique qui fonctionne. Depuis plus de deux ans. Mais rien n’a bougé depuis.

Encore plus surprenant, le Seco a testé la solution informatique fin 2014. Avec succès: il reconnaît, dans des documents internes que nous avons pu consulter, que l’outil «dynajobs» sélectionne efficacement les demandeurs d’emploi. Le Seco admet même que le système des Offices régionaux de placement, «Plasta», ne fournit pas de prestation équivalente.

D’ailleurs, depuis deux ans, «dynajobs» est utilisé par plusieurs services sociaux communaux, en Argovie et à Lucerne. Selon nos informations, il favorise une réinsertion d’environ 50% des chômeurs en fin de droit.

Berne ne s’alarme pas

Le Seco dit maîtriser la situation. «Nous sommes en train d’adapter d’arrache-pied les systèmes informatiques des Offices régionaux de placement, en collaboration avec les cantons». En outre, l’organe fédéral «travaille au développement d’un outil établissant la correspondance entre demandeur d’emploi et employeur».

Mais le Seco le concède, noir sur blanc: il ne table sur une introduction de la priorité aux chômeurs résidants «dès 5% de chômage»... qu’en «janvier 2020». Soit deux ans au-delà du délai prévu. Avant cela, le taux de déclenchement devrait passer à 8%, en juillet 2018. Ce qui est totalement «insignifiant», selon plusieurs acteurs, politiques et économiques.

Ce retard ne braque pas les projecteurs que sur le Seco, mais aussi sur son supérieur, le conseiller fédéral Schneider-Ammann. Car l’outil informatique a été porté à sa connaissance... en été 2015 déjà. Toutes les conditions semblaient donc réunies. Au moins pour procéder à des essais pendant une phase-pilote, au vu des délais, avant d’effectuer la mise au concours réglementaire.

Las, rien de cela ne s’est produit. Mais le Département fédéral de l’économie nie toute responsabilité de son chef. «Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann ne décide pas de l’acquisition (du système informatique). Le fait qu’il connaisse l’un ou l’autre outil ne joue donc aucun rôle.» Point.

Mandat mis au concours

De son côté, le Seco vient de mettre au concours le mandat, qui pèsera plusieurs millions de francs - alors que l’application «dynajobs» était proposée à l’essai pour 200 000 francs. Il estime avoir agi correctement. «Il est délicat de tester (une seule application informatique) avant de mettre publiquement au concours, car cela pourrait nuire à l’égalité de traitement entre concurrents.»

Les partis politiques sont d’un autre avis. Tous condamnent. A commencer par le président de l’UDC, le Bernois Albert Rösti: «C’est scandaleux! Nos adversaires n’ont déjà pas appliqué notre initiative «Contre l’immigration de masse», et ils n’arrivent même pas à mettre en place leur propre alternative», tempête le conseiller national.

Le chef du groupe parlementaire PS, le Vaudois Roger Nordmann, déplore que «le département de Johann Schneider-Ammann et le Seco manquent cruellement de sensibilité. La préférence indigène doit être introduite efficacement».

Décision en décembre

Au PDC, le vice-président Yannick Buttet (VS) remarque que «vu le contexte tendu entourant le sujet, Johann Schneider-Ammann et ses services ne sont pas très malins». Au PLR, le conseiller aux Etats Philipp Müller (AG) «s’énerve», mais se montre plus conciliant avec «son» ministre: «C’est le Conseil fédéral qui doit avancer plus vite.»

Tous les regards se tournent vers le gouvernement. Se prononçant en décembre, il risque fort de retarder l’entrée en vigueur du seuil de cinq pour cent. Celui-ci avait été fixé par ses soins. Contre l’avis de Johann Schneider-Ammann.

Le Conseil fédéral interpellé

Les Offices régionaux de placement (ORP) auront trois jours pour proposer des candidats adéquats aux entreprises. Or, le temps presse pour la mise en œuvre d’un système à la hauteur, ce qui préoccupe les professionnels des ORP, ainsi que le conseiller aux Etats Beat Vonlanthen (PDC, FR). Le sénateur vient de déposer une interpellation auquel le Conseil fédéral n’a pas encore répondu. Il fait remarquer que diverses organisations privées et agences de placement disposent déjà d’instruments informatiques éprouvés pour l’appariement du profil des postes avec le profil des candidats, à l’exemple du système utilisé par la Fondation suisse pour l’emploi et la formation.

Dans son interpellation, Beat Vonlanthen veut connaître le coût approximatif des améliorations à apporter au fonctionnement des ORP et le calendrier de mise en œuvre. «Le Conseil fédéral est-il prêt à tester les instruments informatiques que les organisations privées utilisent aujourd’hui avec succès, afin que la mise en place de la «préférence nationale light» ne subisse aucun retard?», questionne-t-il encore.

Le conseiller aux Etats fribourgeois fait remarquer au passage que la mise en œuvre nécessiterait, selon le Secrétariat d’Etat à l’économie, la création de 270 postes pour toute la Suisse, dont le coût pourrait être allégé par un outil informatique performant. Pierre-André Sieber

Emploi

Johann Schneider-Ammann connaît un outil pour appliquer la préférence indigène. Pourtant, rien ne bouge.


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