15.11.2017, 00:01  

Mieux aider les victimes de traque

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Une victime de harcèlement obsessionnel peut notamment recevoir des courriels, des SMS, ou des messages sur les réseaux sociaux non désirés par milliers en peu de temps.

 15.11.2017, 00:01   Mieux aider les victimes de traque

Par Christine Wuillemin

VIE PRIVÉE - En Suisse, une femme sur six et un homme sur vingt sont touchés par le harcèlement obsessionnel. La directrice du Bureau de l’égalité veut améliorer la situation.

Le harcèlement obsessionnel ne menace pas que la vie privée des Célébrités hollywoodiennes. En Suisse, le stalking touche de plus en plus d’anonymes, notamment via les nouvelles technologies de communication. Pourtant, ce problème est souvent banalisé. Il est donc «impératif d’informer les milieux concernés (police, autorités de protection de l’enfant et de l’adulte, programmes de prise en charge des...

Le harcèlement obsessionnel ne menace pas que la vie privée des Célébrités hollywoodiennes. En Suisse, le stalking touche de plus en plus d’anonymes, notamment via les nouvelles technologies de communication. Pourtant, ce problème est souvent banalisé. Il est donc «impératif d’informer les milieux concernés (police, autorités de protection de l’enfant et de l’adulte, programmes de prise en charge des auteurs de violence domestique) et de les inciter à mieux collaborer. La situation n’est pas encore satisfaisante», estime Sylvie Durrer, directrice du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes. Celui-ci a réuni 220 professionnels, d’une vingtaine de cantons, lors d’un congrès sur le stalking, hier à Berne.

Qu’est-ce que le stalking?

C’est le fait de poursuivre, harceler ou menacer intentionnellement une personne par des agissements répétés et suscitant la gêne ou la peur chez la victime. Cela se manifeste par l’envoi de centaines, voire des milliers de courriels, de textos ou d’appels téléphoniques non désirés en peu de temps. Le harceleur peut aussi suivre sa victime. Ces comportements sont extrêmement dommageables pour les personnes qui les subissent.

Quelles peuvent être les conséquences sur les victimes?

Elles changent leurs comportement et habitudes. Elles évitent de fréquenter certains lieux, renoncent à des activités sociales, changent parfois de travail ou déménagent. Il y a aussi toute un souffrance psychologique et même physique.

Le phénomène augmente-t-il?

Nous ne disposons pas de statistiques propres à la Suisse, mais des études menées dans des pays comparables montrent qu’il s’agit d’un phénomène répandu. Donc il n’y a pas lieu de penser que la Suisse est à l’abri. D’ailleurs les retours des praticiens de terrain le confirment.

Qui sont les victimes?

Tout le monde peut être touché. Il apparaît toutefois qu’une femme sur six subira du stalking au moins une fois dans sa vie, contre un homme sur vingt. Les jeunes sont aussi plus exposés à ce risque que les plus âgés. Certaines professions sont davantage visées, notamment celles liées aux soins et à l’attention à l’autre: médecins, psychologues, avocats, journalistes. Les personnalités publiques sont aussi plus souvent ciblées.

Existe-t-il un profil du stalker?

Les harceleurs sont majoritairement des hommes. Il peut s’agir d’un inconnu, surtout si la victime est une personnalité publique. Mais le type de stalker le plus fréquent est l’ancien partenaire. Il s’agit alors d’une forme de violence domestique. Le stalking peut parfois être le fait d’une personne immature sur le plan affectif qui n’accepte pas d’être quitté ou éconduit. Le harceleur pense parfois que l’autre finira par revenir ou veut simplement se venger. Il existe aussi des individus qui prennent plaisir à effrayer, nuire ou dominer.

Que faire pour stopper ce harcèlement?

Premièrement, il faut que la victime manifeste clairement et fermement, au harceleur sa volonté de ne plus avoir de contact avec lui. Si possible par écrit et devant témoin. Mais elle ne doit le faire qu’une seule fois, puis couper tout contact. Sinon, elle nourrit le besoin du stalker de maintenir un lien avec elle et de s’immiscer dans sa vie. Puis, il faut en parler à ses proches pour éviter de se laisser isoler. Il est aussi important de rassembler des preuves. Mais mieux vaut éviter de lire les messages car leur contenu peut heurter. Enfin, il est utile de solliciter l’aide d’un centre LAVI (loi fédérale sur l’Aide aux Victimes d’Infractions) et signaler le cas à la police.

Des victimes interrogées dénoncent le fait que la police ne les a pas prises au sérieux?

Oui, le stalking est souvent banalisé. Or, dans la plupart des cas d’homicides liés à la violence conjugale, il y a eu des épisodes de stalking. Il est donc important que les corps de police se dotent d’instruments d’évaluation des risques et de gestion des menaces. Il est prouvé que, dans bien des cas, il suffit que la police intervienne rapidement auprès de l’auteur en lui adressant un avertissement pour stopper le harcèlement. Dans des cantons, comme Appenzell Rhodes-Extérieures ou Uri, les interventions sont plus rapides et proactives qu’ailleurs.

Que risque un stalker?

Cela dépend car le stalking n’est pas une infraction en tant que telle aux yeux de la justice. En revanche, les différents agissements qui le constituent peuvent tomber sous le coup de la loi. Typiquement les menaces, les voies de fait, etc. Cela peut aller jusqu’à la prison. Ce qui est délicat, c’est le «stalking de peu gravité». Il est compliqué de prouver que des comportements, tels que l’envoi d’e-mails ou de fleurs portent atteinte à la personne. Malgré tout, des décisions de justices ont bel et bien reconnu le dommage causé.


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