10.10.2017, 09:17  

Dix-neuf ans après le drame aux Ponts-de-Martel, le fils de la victime se livre

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Le vernissage du livre de Valéry Gonin a attiré la foule vendredi soir aux Ponts-de-Martel, où était survenu le drame il y a 19 ans.

 10.10.2017, 09:17   Dix-neuf ans après le drame aux Ponts-de-Martel, le fils de la victime se livre

Publication - En juin 1998, un drame bouleversait la vie de Valéry Gonin. Dans la maison familiale des Ponts-de-Martel, son père tuait sa mère et blessait son frère avant de se suicider. Dix-neuf plus tard, il livre son témoignage dans "Des racines dans le ciel". Les deux soirées de vernissage, vendredi et samedi, ont fait salle comble.

Cette nuit du 4 juin 1998, peu après minuit, Valéry Gonin était réveillé en sursaut par des coups de feu dans la maison familiale des Ponts-de-Martel. Son père avait blessé mortellement sa mère et tiré sur son frère, qui avait tenté de s’interposer. Six heures plus tard, le tireur fou était retrouvé par la police sur un chemin non loin, une balle dans la tête. Après cette nuit, rien ne serait plus jamais pareil pour ce jeune...

Cette nuit du 4 juin 1998, peu après minuit, Valéry Gonin était réveillé en sursaut par des coups de feu dans la maison familiale des Ponts-de-Martel. Son père avait blessé mortellement sa mère et tiré sur son frère, qui avait tenté de s’interposer. Six heures plus tard, le tireur fou était retrouvé par la police sur un chemin non loin, une balle dans la tête. Après cette nuit, rien ne serait plus jamais pareil pour ce jeune homme de 19 ans.

«Mon père n’a pas disjoncté un soir», insiste Valéry Gonin, qui habite aujourd’hui au Val-de-Travers. Cette tragédie «s’est construite sur vingt ans dans un environnement très pieux, où le fait d’aller à la ‘réunion’– assemblée des frères – tous les dimanches suffisait à donner le change». Il dépeint un contexte familial avec un papa dépressif et colérique et une maman soumise: «Un cocktail détonnant qui a fini par exploser.»

Ce livre permet à Valéry Gonin de raconter les coulisses d'un drame familial qui l'a bouleversé il y a 19 ans. Photos Christian Galley
 

Livrer les non-dits

Dix-neuf ans après ce drame, Valéry Gonin raconte l’avant et l’après de cette nuit sanglante. Les non-dits qui ont rythmé la vie familiale jusqu’au point de non-retour. Il livre aussi le cheminement réalisé pour se reconstruire, qui est notamment passé par le pardon et de la foi. «S’il y a une chose que je n’ai jamais remise en question, c’est ma foi en Dieu.» Depuis 2010, Valéry Gonin est d’ailleurs pasteur à l’église évangélique de Fleurier.

«Comme je ne savais pas comment écrire un livre, j’ai contacté Joël Reymond, un écrivain et journaliste qui a su se mettre dans ma peau. Nous avons opté volontairement pour un style proche du langage parlé avec des expressions neuchâteloises. L’objectif était que ça me ressemble le plus possible.»

En 2004, la rencontre avec Aline a été déterminante. Une femme que Valéry Gonin a épousée et avec laquelle il a eu trois fils. Une drôle de coïncidence sachant qu’ils étaient aussi trois frères dans sa famille. «Même si le schéma familial est le même, je n’ai jamais eu peur de reproduire le même comportement que mon père, qui était tourmenté.» Et le Vallonnier de souligner que ses enfants, bien qu’encore jeunes, sont au courant de tout. «J’ai trop souffert de cette culture religieuse pleine de tabous pour reproduire la même chose.»

«J’en ai voulu aux gens»

Au fil des pages, on apprend à connaître Valéry Gonin à travers ses parents. De son papa, il a hérité son amour de la forêt et des champignons. Avant de devenir pasteur, il avait suivi une formation de forestier-bûcheron, pour ensuite travailler dix ans dans les forêts du Jura neuchâtelois. De sa maman, il a «le côté relationnel et plein de vie. Comme elle, je parle toujours», observe-t-il en souriant.

Même si son livre est tout sauf un règlement de comptes, encore aujourd’hui, Valéry Gonin est surpris de savoir que plus de monde était présent aux funérailles de son père qu’à celles de sa mère. «Dans l’histoire, c’était la méchante femme qui avait chassé son mari de la maison. J’en ai voulu aux gens», dit-il, en précisant qu’il n’avait pas assisté à l’enterrement de son père. «A l’époque, c’était impensable.»

«Aujourd’hui, j’arrive à parler de mon père avec décence.» Un point nécessaire pour aller de l’avant. «Il a fallu du temps, mais j’ai réussi à pardonner à mon père, même s’il me reste du chemin à faire. C’est essentiel pour se reconstruire.»

INFOS

"Des racines dans le ciel. Pardonner et se reconstruire après un drame familial" Par Valéry Gonin, Editions Favre, Lausanne, 2017. Disponible en librairies et auprès de l’auteur au 079 342 87 49.

 

«J’ai vu tout l’engrenage qui s'est mis en place avant ce 4 juin»

Ex-commandant de la police neuchâteloise, André Duvillard est l'auteur de la préface du livre «Des racines dans le ciel»; actuellement délégué au réseau national de sécurité à Berne, il a participé au vernissage de l'ouvrage vendredi soir aux Ponts-de-Martel.

André Duvillard, pourquoi avoir accepté d’écrire la préface du livre de Valéry Gonin?

Quand j’ai reçu l’e-mail de Valéry Gonin, je me suis souvenu tout de suite de cette affaire. A mes yeux, elle avait une signification particulière, car dans ma carrière à la police, c’était la première fois que j’étais confronté à un meurtre. J’ai accepté de préfacer son livre, car j’ai trouvé sa démarche intéressante; c’est un magnifique exemple de résilience et un beau message d’espoir.

Vous évoquez un aspect préventif?

Lorsque l’auteur d’un homicide se suicide, l’enquête pénale s’arrête. Cette autobiographie m’a permis de connaître ce qui se cachait derrière, tout l’engrenage mis en place avant ce 4 juin 1998. C’est un témoignage fort ,qui dévoile les problèmes existant dans la famille et au sein du couple. Est-ce qu’on aurait pu prévenir ce drame? Je suis tenté de dire oui. C’est aussi pour cet aspect de prévention que je conseille de lire ce livre. Et c’est une des rares fois où les Neuchâtelois connaîtront les dessous d’un fait divers.

Vous dites qu’à l’époque, les victimes étaient oubliées?

Je me souviens que deux agents avaient annoncé froidement à Valéry Gonin et à son frère le décès de leur mère. Il y a vingt ans, il n’existait pas de cellules psychologiques. A la police neuchâteloise, le premier psychologue a été engagé au début des années 2000. Heureusement, la prise en charge des proches s’est améliorée.

Cet homicide avait aussi soulevé le débat sur les armes?

En 1998, je signais entre huit et dix permis d’achats d’armes chaque semaine. Ce chiffre est en hausse, mais je ne pense pas qu’il existe une corrélation entre le nombre d’armes en circulation et le nombre d’homicides commis en Suisse. Il faut signaler qu’un grand contrôle est effectué avant de délivrer un permis. Par ailleurs, il existe une amélioration notable: avant, nous n’avions accès qu’à une base de données cantonale. Aujourd’hui, il existe un registre national des détenteurs d’armes.

Le commandant de la police neuchâteloise de l'époque, André Duvillard, était présent au vernissage du livre de Valéry Gonin, dont il a signé la préface.


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