09.11.2017, 16:56  

Venez à Chevenez, capitale de la fête du cochon

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Venez à Chevenez, capitale de la fête du cochon

 09.11.2017, 16:56   Venez à Chevenez, capitale de la fête du cochon

Saint-Martin - Le village ajoulot de Chevenez, 700 âmes, s’est autoproclamé capitale mondiale de la Saint-Martin. Reportage.

La tradition remonte au 13e siècle, quand Saint-Martin a découpé son manteau avec son épée pour en offrir une partie à un homme qui avait froid. Elle perdure encore aujourd’hui, spécialement en Haute-Ajoie.

Le village de Chevenez est le fief de la fête du cochon, où tout est bon dedans, dit l’adage. L’événement se déroule sur deux week-ends, en novembre. Au-delà de la fête religieuse, la Saint-Martin marque également la fin des travaux aux...

La tradition remonte au 13e siècle, quand Saint-Martin a découpé son manteau avec son épée pour en offrir une partie à un homme qui avait froid. Elle perdure encore aujourd’hui, spécialement en Haute-Ajoie.

Le village de Chevenez est le fief de la fête du cochon, où tout est bon dedans, dit l’adage. L’événement se déroule sur deux week-ends, en novembre. Au-delà de la fête religieuse, la Saint-Martin marque également la fin des travaux aux champs. Pour les paysans, elle coïncide avec l’échéance des baux. Aujourd’hui, certains agriculteurs s’acquittent de leur dû de main à main.

Et si on faisait la fête avec trois incontournables?

L’Ajoulot pur porc

Photo David Marchon

Certainement l’Ajoulot le plus connu du district de Porrentruy. Michel Vuillaume, alias Micou, est originaire de Grandfontaine, le village d’à côté. Il habite Chevenez. «Je n’ai jamais manqué une Braderie de Porrentruy. Idem pour la Saint-Martin», narre ce marchand de... limonade (sic!) âgé de 73 ans. Cela en fait, des kilomètres de boudin... 

«Inévitablement, la fête s’est transformée. Avant, les filles, c’était les nôtres. Maintenant, ce sont celles de tout le monde! Et elles ne savent même plus danser! Au début, la Saint-Martin était une manifestation villageoise. On fabriquait du boudin partout. On mangeait dans chaque village. Maintenant, la capitale, c’est ici.» Pour cet Ajoulot pur porc, avaler 4000 calories par repas ne lui fait pas peur: «Le samedi, je la mange chez mon beau-frère. Rebelote le dimanche. On passe à table à 13 heures, jusqu’à 20 heures. Et à 21 heures, on repart pour un tour!»

Le président

Photo David Marchon

Tiens, un expatrié! Président des Sociétés réunies de Saint-Martin, Joseph Aubry est originaire des Enfers. Le Franc-Montagnard a élu domicile à Chevenez il y a un quart de siècle. «On cherche sans cesse à apporter des innovations. Cette année, on a opté pour la virée gourmande. Le but: rallier Porrentruy à Chevenez, en partie en calèche.» La halle polyvalente du village sera chaque fois pleine à craquer. «Quelque 1600 personnes pour deux soupers-spectacles. Heureusement, on peut s’appuyer sur un service traiteur performant. On est efficace au niveau des transports en commun. Plus de 500 personnes dorment à l’abri PC.» 

Chevenez, capitale mondiale de la Saint-Martin?  «Cela m’a toujours amusé d’entendre ça! Avant, il y avait ici la foire de Saint-Martin. On offre un service de qualité. Pas question d’assiette en plastique. Une beuverie? Disons que les participants se laissent quelque peu aller... Et n’oublions pas le dîner dansant du lundi de Saint-Martin. Vous voyez: on pense aussi à nos aînés.» Précision: le lundi de Saint-Martin est jour férié en Ajoie...

Les restaurateurs

Photo David Marchon

Dominique Borruat et Françoise Saunier dirigent depuis cinq ans le restaurant du Cheval-Blanc à Chevenez. «La Saint-Martin coïncide avec la fête du village. Pour cette raison, on est un petit peu la capitale mondiale de la Saint-Martin, mais on ne l’est pas complètement», glisse le patron. Durant deux semaines, le couple sert jusqu’à 800 menus. «Vingt personnes sont en permanence sur le qui-vive. Et on nous demande des spécialités, genre un menu dégustation, ou une Saint-Martin végétarienne.»

La concurrence est rude. Les marches gourmandes rassemblent des milliers de personnes. «Des gens qu’on ne voit plus en semaine. Avant, la Saint-Martin représentait 30% de notre chiffre d’affaires annuel. Aujourd’hui, c’est plutôt entre 15% et 20%.»
Temps de cochon... 

A la Saint-Martin, même les rouges finissent tout noirs

Lors de notre virée mardi à Chevenez, on croise au bistro du bled une partie du comité intercommunal de fusion, qui scelle la nouvelle entité de Haute-Ajoie (1150 habitants). Qui englobera dès le 1er janvier 2018 en plus de Chevenez, Réclère, Damvant et Roche-d’Or, le dernier arrivé Rocourt. 

Honorifique, pompeux?

Alors, Chevenez capitale mondiale de la Saint-Martin. Titre honorifique, pompeux? A la table, on se chamaille gentiment. On parle parfois patois, histoire de faire diversion. Robert Cattin, le secrétaire communal de Haute-Ajoie, se lance: «Il y a une trentaine d’années, le FC Chevenez organisait des soirées dansantes à l’occasion de la Saint-Martin. Mais ça déclinait gentiment. Les sociétés locales du village ont alors repris le flambeau.»

Vers la fin des années 1980, la TV effectue un reportage au restaurant du Raisin, chez la Marguerite, à Rocourt. La Suisse romande tombe sous le charme de cette débauche de cochonnailles. En plus d’une fête de famille, de retrouvailles, la Saint-Martin attire des curieux de toute la Suisse. 

Sur deux week-ends, l’affluence à Chevenez est estimée entre 10'000 et 15'000 personnes. Six bars sont aménagés, principalement dans des granges. Une dizaine de sociétés sont concernées. A part un bar à Courtedoux, le village d’à côté, tout le monde finit à Chevenez. «Il y a une vingtaine d’années, un animateur de la radio locale a baptisé Chevenez, capitale mondiale de la Saint-Martin. Mais d’autres personnes revendiquent l’appellation. On ne sait pas vraiment», ajoute Robert Cattin.

Peu importe, du moment qu’il y a à boire et à manger. «Porrentruy, avec son marché de la Saint-Martin, nous aide bien, mais c’est véritablement ici le centre.»

 

Autour d’une table de Saint-Martin: Michel Baconat (à gauche, de face, maire de Haute-Ajoie), Raymond Perriard (derrière, maire de Rocourt), Danièle Laville (guide touristique), Raphaël Schneider (délégué cantonal aux affaires communales) et Robert Cattin (secrétaire communal de Haute-Ajoie). 

Boudin avec cornettes

A Chevenez, la politique est incontournable. Deux fanfares – L’Espérance, celle des noirs (PDC), L’Ancienne, celle des rouges (PLR) – pour ce fief démocrate-chrétien de 700 habitants. Le maire de Haute-Ajoie est un rouge, Michel Baconat. Il habite... Réclère: «Mais à la Saint-Martin, on est tous noirs», rigole-t-il, un verre de rouge à la main.

Guide touristique, Danièle Laville rappelle qu’il y a encore moins de 100 ans, on se mariait à la Saint-Martin: «Parce que dans cette région catholique qu’est l’Ajoie, il n’y a aucune restriction durant la fête. Je vous laisse deviner... Et les filles étaient habillées en noir. Car elles quittaient leur famille, elles faisaient leur deuil...»

La même souligne que c’est aussi l’occasion «de donner à manger à plus pauvre que soi. Le revira du week-end suivant est ancré dans les mœurs. Vu que tout est bon dans le cochon, il y a toujours des restes.»

Une preuve supplémentaire comme quoi Chevenez est bel et bien la capitale mondiale de la Saint-Martin? «Chez nous, on mange le boudin avec des röstis. Pas comme à Delémont, où ils le servent avec des cornettes!»

Sacrilège! 


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