14.11.2017, 18:55  

Rattrapé par la justice, le luthier chaux-de-fonnier Claude Lebet s'explique sur l'origine de ses ennuis

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Claude Lebet dans son atelier d'Hauterive.

 14.11.2017, 18:55   Rattrapé par la justice, le luthier chaux-de-fonnier Claude Lebet s'explique sur l'origine de ses ennuis

Exclusif - Le luthier chaux-de-fonnier Claude Lebet est dans la tourmente. Récemment condamné pour abus de confiance à trois ans de prison, dont la moitié ferme, il se livre dans cette interview exclusive.

Le luthier chaux-de-fonnier Claude Lebet est mondialement connu. Pour ses violons et pour ses livres, qui en font un des meilleurs connaisseurs de la lutherie. Depuis quelques années, toutefois, cette notoriété se trouble d’une réputation sulfureuse.

L’homme aurait un peu trop jonglé avec l’argent des autres. Il est sous le coup d’une procédure en Italie et vient d’être...

Le luthier chaux-de-fonnier Claude Lebet est mondialement connu. Pour ses violons et pour ses livres, qui en font un des meilleurs connaisseurs de la lutherie. Depuis quelques années, toutefois, cette notoriété se trouble d’une réputation sulfureuse.

L’homme aurait un peu trop jonglé avec l’argent des autres. Il est sous le coup d’une procédure en Italie et vient d’être condamné en Suisse. Installé depuis deux ans à Hauterive, il se livre dans cette interview exclusive.

>> A lire aussi: Comment le luthier chaux-de-fonnier Claude Lebet s'est retrouvé à terre

Claude Lebet, personne ne l’écrit si brutalement, mais au fond, vous, que d’aucuns surnomment «la star des luthiers», vous ne seriez qu’un beau parleur arrogant, doublé d’un escroc.

Je ne suis pas une «star». Je suis un passionné. Mon amour de la lutherie remonte à mes 12 ans. Pour elle, j’ai trahi les espoirs que mon père pasteur mettait en moi, qu’il voyait comme son successeur, ce que je voulais d’ailleurs étant enfant. Quant à cette arrogance qu’on me prête, je ne m’y reconnais pas.

Mais un peu mégalo, quand même, non? Beaucoup se souviennent de la fête somptueuse que vous aviez offerte en 2003 à 500 amis à La Chaux-de-Fonds avant votre départ pour Rome.

Mégalo? Non, je ne crois pas, même si je peux comprendre qu’on le pense. Mais, oui, amoureux des belles choses et désireux de les partager, avec enthousiasme. Et sans doute habité d’un besoin de reconnaissance. Je suis pour cela sûrement «sorti du cadre». J’ai suscité beaucoup de jalousies.

Vous venez quand même d’être condamné par le Tribunal économique de Berne à une peine de trois ans de prison, dont la moitié avec sursis, pour abus de confiance.

C’est vrai. Mais avec mon avocat, nous allons faire appel.

Alors, vous êtes blanc comme neige?

Ce n’est pas ce que je dis. Mais escroc, non. Je ne me suis pas enrichi. Au contraire, désormais, j’ai tout perdu. Si j’étais un escroc, j’aurais disparu, à l’heure qu’il est! Je reconnais que ma gestion et ma comptabilité étaient déficientes. Je comprends que certains aient perdu patience.

Et j’accepte de payer ma dette. Mais pas à être condamné au même tarif que Chagaev! Je suis prêt à aller en prison, mais qu’on me laisse travailler! Car je ne veux qu’une chose: continuer à travailler pour rembourser ceux qui doivent l’être.

Selon la justice bernoise, vous auriez pourtant revendu pour votre compte des archets qui vous étaient confiés.

C’est faux. Je n’ai pas vendu ces archets. Ils sont à Londres, aux mains d’un ami. Je les lui avais confiés en dépôt-vente. Il les garde désormais, en garantie pour un instrument que j’avais charge de vendre pour lui à Rome, où j’étais installé.

Mais ce violon est sequestré depuis sept ans par la justice italienne dans le cadre de la procédure d’où découlent tous mes ennuis actuels. Si ce séquestre était levé (réd: huit instruments de grand prix), je pourrais rembourser tout le monde. C’est à quoi travaillent mes avocats à Rome.

C’est assez obscur...

Compliqué, surtout. J’ai été pris dans un engrenage. Mais il s'agit en réalité d'un seule et même affaire. Tout part de ce système de dépôt-vente, dont je sais maintenant à quel point il peut être dangereux.

Comment cela?

En 2005, un musicien espagnol m’a confié un Guarneri pour que je trouve un acheteur. Un musicien a des vues sur ce violon. Mais il est trop cher pour lui. En échange, en guise de règlement partiel,  il me fournit un violoncelle, des archets et une somme d’argent. Mais cela ne suffisait largement pas. Je lui ai quand même confié le Guarneri, étant entendu qu’il ne l’avait pas encore réglé.

Ce musicien a publié une photo du Guarneri sur son site. La réaction du propriétaire, le musicien espagnol, a été immédiate: il a porté plainte pénale. Pour lui, j’avais vendu pour mon compte ce violon qui lui appartenait. Pour moi, ce violon n’était que confié à un tiers en attendant que je puisse vendre ce qui m’avait été donné en échange. De là, le séquestre. La justice italienne a tout confisqué, y compris l’acompte que j’avais reçu.

Tout part de cette histoire. Car depuis, je n’ai pu vendre aucune pièce, y compris celle que j’étais chargé de vendre pour des tiers. Tout est bloqué. De là date ma descente aux enfers. L’affaire dont vous avez parlé en 2011, qui m’a valu une condamnation à Genève, vient aussi de ce blocage judiciaire en Italie. Un violon de grand prix faisait partie des pièces séquestrées. Du coup, le propriétaire a porté plainte. Il a pu faire lever le séquestre, j’ai pu vendre le violon plus cher que ce que le contrat prévoyait. Mais il n’a pas retiré sa plainte et la justice a suivi son cours.

Jeudi, à Boudry, la justice vend aux enchères une quinzaine d’instruments vous appartenant, pourquoi?

Cette histoire m’achève. Il y a des années, un ami m’avait confié des instruments à vendre, pour une valeur de 80'000 francs. Cela a pris du temps. Trop. Il restait un solde de 40'000 francs. Je lui ai demandé de patienter. Il était d’accord, comprenant mes ennuis. Mais il est décédé. Et son épouse, héritière, conseillée par des tiers, m’a mis aux poursuites.

Ces enchères devraient permettre de solder ce compte.

>> A lire aussi: L'impressionnante liste des instruments saisis chez le Chaux-de-Fonnier Claude Lebet

Comment voyez-vous la suite?

Je devrai sans doute fermer boutique. Maintenant, ma réputation est fichue. Je vais survivre et c’est tout. La seule chose qui me fait tenir, c’est le projet d’un livre sur les histoires de violons qui me sont arrivées. Restent aussi tous les livres, comme cette histoire de la lutherie à Rome, une somme de 450 pages, définitive sur la question. Et la fierté d’avoir formé 24 luthiers.


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