04.11.2017, 00:01  

Ils osent dire qu’ils sont croyants

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 04.11.2017, 01:37   Ils osent dire qu’ils sont croyants

Par stéphane devaux

RÉFORMÉS NEUCHÂTELOIS 500 ans après Luther, ils s’inscrivent dans leur temps.

Demain, à Neuchâtel, le culte cantonal mettra un point final aux manifestations marquant les 500 ans de la Réforme. Cinq siècles après les thèses de Luther, que signifie «être réformé». Eléments de réponse avec deux ministres de l’Eglise réformée neuchâteloise, le président du Conseil synodal Christian Miaz, 59 ans, ainsi que Diane Friedli, 36 ans, pasteure en paroisse à...

Demain, à Neuchâtel, le culte cantonal mettra un point final aux manifestations marquant les 500 ans de la Réforme. Cinq siècles après les thèses de Luther, que signifie «être réformé». Eléments de réponse avec deux ministres de l’Eglise réformée neuchâteloise, le président du Conseil synodal Christian Miaz, 59 ans, ainsi que Diane Friedli, 36 ans, pasteure en paroisse à Colombier.

Etre ministre du culte réformé en 2017, c’est être condamné à prêcher dans des temples presque vides?

Diane Friedli: En général, les gens qui affirment cela ne vont pas au culte! Pour ma part, le dimanche, je n’ai jamais cette impression. Si on prend en compte le nombre de cultes qui sont célébrés chaque dimanche dans le canton de Neuchâtel, cela représente près de 1000 personnes. La grande différence avec le temps de mes grands-parents, c’est qu’on était alors quasi obligé d’aller au culte. Moi, je préfère avoir un auditoire plus restreint, mais pour qui ça fait sens d’être présent.

Christian Miaz: Non, nous ne sommes pas condamnés à cet état de fait. Mais le «succès» dépend de plusieurs facteurs, dont le charisme du pasteur et la volonté des Eglises de dynamiser les cultes, de proposer des styles différents, qui touchent des publics différents.

D. F: Les gens fonctionnent plus en fonction d’événements que par habitude. Certains iront uniquement à des cultes musicaux ou lorsque des enfants chantent, par exemple.

C. M: Il y a des manières très différentes de vivre le culte, d’où des publics différents. Dans la forme de célébration, on peut aller très loin, du moment qu’on est au clair avec le message fondamental de l’Evangile. Longtemps, le cadre est resté très rigide, lié à une tradition, à la place du pasteur dans la communauté. Aujourd’hui, il faut savoir sortir du cadre pour inaugurer de nouvelles formes de célébration. Mais c’est déjà le cas, les pasteurs actuels sont davantage à l’écoute des attentes de leurs paroissiens que leurs prédécesseurs.

L’Eglise réformée, en 2017, n’est plus une institution qui va de soi. Vrai?

C. M: Oui, c’est vrai. Jusqu’à un passé pas si lointain, 80% des Neuchâtelois étaient réformés et ne se posaient même pas la question de l’appartenance à l’Eglise. Aujourd’hui, les chiffres montrent la présence de 22% de réformés, 23% de catholiques et surtout 40% de gens sans religion. L’Eglise réformée n’est de loin plus l’Eglise majeure, alors qu’il y a un peu plus d’un siècle, elle écrasait toutes les autres...

D. F: C’est le rapport aux institutions au sens large qui est remis en question. L’«offre» s’est diversifiée et l’Eglise fait partie de ces offres multiples. On se demande si on va faire judo, Musique ou catéchisme.

C. M: Il faut se rendre compte aussi que l’institution Eglise n’est pas restée figée pendant cinq siècles. Le mouvement de réforme a été constant. Ces différents courants ont eu une influence sur la manière de vivre sa spiritualité. Et n’oublions pas un des changements majeurs survenus il y a une quarantaine d’années: l’accès des femmes au ministère.

D. F: Les choses sont allées très vite. Lorsque j’ai voulu devenir pasteure, au début des années 2000, la question du genre ne se posait plus. Aujourd’hui, à l’Eren (réd: l’Eglise réformée évangélique neuchâteloise), la proportion hommes-femmes est de 50-50.

Un des enjeux pour demain, est-ce apprendre à se rendre visibles en tant que réformés?

C. M: Nous devons réfléchir à de nouvelles expressions pour vivre notre foi, qui ne passent pas forcément par le culte. Aujourd’hui, dans nos paroisses, les entités les plus fortes, ce sont souvent les groupes de jeunes, des moniteurs de 16 à 25 ans. Or, à cet âge, ce qui les intéresse, c’est agir, s’investir pour une cause. Ils n’ont pas envie d’être juste spectateurs d’un culte hebdomadaire. Un de nos enjeux, c’est de construire avec eux une Eglise où ils continuent de trouver du sens.

D. F: Depuis un certain temps, les protestants reprennent conscience qu’ils ont le droit d’affirmer qu’ils sont croyants. Avant, le protestant neuchâtelois moyen ne disait rien de ses convictions.

Comment y parvenir?

D. F: Il est important que nous soyons présents lors des grands événements de la vie des gens, naissances, décès, etc. Notre rôle en tant qu’Eglise est déjà reconnu dans ce domaine.

C. M: Nous sommes là pour dire l’Evangile et faire partager ce qui nous porte en tant que croyant, mais nous avons aussi une mission de service, à Travers les aumôneries, par exemple, dans les homes, les hôpitaux, les prisons, pour les requérants d’asile. Nous tenons à être à l’écoute de tout le monde, sans distinction, y compris de religion. Nos bénévoles qui s’engagent dans l’aumônerie des requérants ne sont d’ailleurs pas tous liés à notre Eglise.

L’Eglise réformée a-t-elle raison de s’inscrire dans son temps?

C. M: C’est primordial. Le message de l’Evangile doit s’inscrire dans son temps parce qu’il se vit dans notre monde aujourd’hui. Il est à la fois universel et particulier à chacun. A la fois dans le monde et hors du monde.

D. F: Les événements de la Réforme nous l’ont rappelé, ils ont replacé l’Eglise dans son temps.

C. M: Il est important aussi que l’on puisse faire cohabiter des expressions de la foi multiples, parfois libérales, parfois plus fondamentalistes. Si notre Eglise était uniforme, ce serait peut-être plus facile pour nous, mais cela ne correspondrait pas à la vision que nous en avons. C’est tellement facile de dire: ‘Etre chrétien, c’est faire ou ne pas faire ça, ça et ça’, et de dresser une liste.

D. F: Cela implique qu’un croyant doit être plus actif que passif. Le mouvement protestant accorde une grande place à la liberté de l’être humain, mais en parallèle avec la responsabilité. Pour nous, l’être humain est responsable de mener sa vie, d’agir pour le monde et pour les autres. Une liberté égoïste n’est pas une liberté chrétienne.

On dit souvent de l’Eglise réformée qu’elle est austère. Vrai?

C. M: Mon père était pasteur et pourtant, je n’ai jamais perçu ni sévérité ni rigidité. Si parler d’austérité, c’est évoquer une existence sans plaisirs et sans joies, je ne crois pas que notre Eglise soit ainsi.

D. F: Les gens qui vivent dans notre Eglise s’y retrouvent et éprouvent du plaisir à y être. C’est peut-être plus difficile pour ceux qui tentent de s’y intégrer. Certains cercles, certaines paroisses sont parfois un peu exclusifs. Cette remarque, je peux l’entendre et elle doit nous interpeller.

C. M: Au Cameroun, où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 10 ans, les gens s’habillaient de manière stricte et impeccable pour aller au culte le dimanche. Moi, quand je célèbre le culte, je mets toujours un costume et une cravate sous ma robe. Pour autant, aujourd’hui, on va au temple comme on est, décontracté, sans revêtir un habit particulier. Pour vivre un événement qui a du sens, et non pas par obligation et selon un rituel.

Reconnaissance élargie

Alors que l’Eglise officielle compte de moins en moins de fidèles, les Eglises évangéliques, elles, font le plein. Comment l’expliquer?

C. M: C’est vrai, nous avons de moins en moins de membres officiels, mais il est faux d’affirmer que nous avons de moins en moins de fidèles. On peut soutenir son Eglise et y être attaché sans forcément aller au culte tous les dimanches.

D. F: A la différence de la nôtre, les Eglises évangéliques sont des Eglises confessantes. On est dedans ou dehors, mais il n’y a pas de position médiane. L’Eglise protestante, elle, se déclare au service de tous. Cela fait aussi partie de notre travail de révéler aux gens que leur vision du monde, les valeurs qui guident leur vie correspondent à celles de notre Eglise. Et leur dire que c’est aussi une manière de vivre l’Evangile.

L’Etat de Neuchâtel pourrait reconnaître d’autres communautés religieuses, dont les musulmanes, d’intérêt public. Une bonne ou une mauvaise nouvelle?

C. M: Dans le groupe de travail ayant préparé ce projet, les trois Eglises reconnues (réformée, catholique romaine et chrétienne) y étaient favorables. Cette reconnaissance impliquera des droits, mais aussi des devoirs, qui sont de travailler ensemble, au service de tous, et de s’abstenir de tout prosélytisme.

D. F: Cela a toujours fait partie de notre histoire d’affirmer la liberté religieuse et intellectuelle. Ce travail-là devrait permettre de mieux nous connaître et d’apaiser certaines craintes, en particulier autour de l’islam.

Culte au temple du Bas

Si certains lieux de culte resteront vides demain en pays neuchâtelois, c’est pour mieux remplir celui qui accueillera l’ensemble des fidèles. Et c’est le temple du Bas, à Neuchâtel, qui servira de cadre au culte cantonal et à la cérémonie de clôture de la commémoration des 500 ans de la Réforme. Une journée axée autour de trois mots-clés: joie, service et liberté.

Concrètement, le culte sera célébré dès 10h, mais les paroissiens seront accueillis dès 9h. Une partie officielle, à 11h30, précédera un repas. Puis, à 14h30, la compagnie «Les Tréteaux du monde» présentera un spectacle théâtral consacré à... Martin Luther!

Le prédicateur du jour sera le professeur de théologie Pierre Bühler, qui s’exprimera avec le support de dessins humoristiques. Deux chorales, une troupe de danse et Simon Peguiron au piano, pour interpréter des préludes de Gershwin, donneront du sens à l’expression «La Réforme autrement».

La réforme en cinq dates

1517 Le point de départ. Martin Luther affiche ses 95 thèses contre le commerce des indulgences sur la porte de l’église de Wittenberg, en Saxe.

1519 La Réforme en Suisse: Ulrich Zwingli nommé prêtre à Zurich. Premier Nouveau Testament en allemand en 1524.

1528 Réformation de Berne.

1530 Réforme à Neuchâtel (Farel), la première en pays francophone.

1536 Calvin s’installe à Genève.

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1528 Réformation de Berne.

1530 Réforme à Neuchâtel (Farel), la première en pays francophone.

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