11.11.2017, 08:00  

Le génie de Dali à Porrentruy

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 11.11.2017, 08:00   Le génie de Dali à Porrentruy

ART - Rencontre surréaliste dans le musée de l’ancien ministre jurassien Pierre Kohler.

«Mégalo, moi?» Avec les airs d’un gamin pris les doigts dans le pot de Nutella, Pierre Kohler écarquille de grands yeux étonnés: «Pas mégalo, mais un peu fou, c’est certain», répond-il, sourire sibyllin sous la barbe poivre et sel. Assurément, l’ancien ministre et conseiller national jurassien s’éclate dans sa nouvelle vie de galeriste.

Dans son vaste et lumineux musée de Porrentruy, le POPA, seul musée d’Europe consacré à l’art optique (voir ci-dessous), Pierre Kohler...

«Mégalo, moi?» Avec les airs d’un gamin pris les doigts dans le pot de Nutella, Pierre Kohler écarquille de grands yeux étonnés: «Pas mégalo, mais un peu fou, c’est certain», répond-il, sourire sibyllin sous la barbe poivre et sel. Assurément, l’ancien ministre et conseiller national jurassien s’éclate dans sa nouvelle vie de galeriste.

Dans son vaste et lumineux musée de Porrentruy, le POPA, seul musée d’Europe consacré à l’art optique (voir ci-dessous), Pierre Kohler expose jusqu’au 16 décembre quelque 200 œuvres du pape incontesté de la mégalomanie, Salvador Dali. Sculptures, gravures, estampes des années 1960 à 1980 sont issues du Dalinéum, musée fondé par le collectionneur Jean Amiot dans l’ancienne Banque de France, à Beaune.

Tout le génie de Dali est là, en un saisissant raccourci de son œuvre foisonnante, fantasque. Ses thèmes récurrents, ses facéties, ses mystifications et ses objets fétiches: canne, oursin, fourmi, éléphant, cheval, corps à tiroir et montres molles.

Plus des 80% des œuvres «sont signées de la main du Maître» et «certifiées par des experts reconnus», insiste le Jurassien. La précision est importante tant la production prolifique du Catalan peut être sujette à caution. C’est que l’excentrique marquis aux moustaches gominées au miel savait transcender ses obsessions en objets de toute sorte.

Le parcours s’articule autour d’une dizaine de sculptures, des pièces rares pour la plupart, tel un «Rhinocéros» (un des huit exemplaires existants), les «Vénus de Milo» revisitées (huit exemplaires), d’immenses tapisseries, des centaines d’estampes originales. Sans oublier assiettes, foulards, montres molles et un des sofas «Lèvres rouges».

«Presque tout est à vendre», annonce Pierre Kohler. L’art et l’argent sans tabou, voilà qui ferait frétiller la moustache de sa majesté Dali, exclu du groupe des surréalistes pour sa posture commerciale désinvolte. Mais ce n’est pas d’argent dont Pierre Kohler a envie de parler. Il les aime, ces tableaux que «l’on peut contempler des heures durant».

Histoire d’urinoir

Art ou politique, qu’importent ses terrains de jeu. Le trublion du PDC s’est lancé en 1993 dans la course au Gouvernement jurassien contre l’avis de son parti, il a tout gagné pendant 23 ans, s’est fait moucher par sa colistière au Conseil des Etats en 2015, avant de rebondir avec la même jovialité obstinée dans le monde de l’art. Un rêve de jeunesse pour l’ancien maire de Delémont, avocat de métier, né en 1964, «année où la «Fontaine» (l’urinoir) de Marcel Duchamp est entrée au Centre Pompidou». Une façon poétique de signifier qu’il est «né avec l’art contemporain». A moins que ce soit le contraire.

Dès lors, le jeune galeriste se forme assidûment à Paris, il s’adjoint le concours du label Bel Air Fine Art, dont l’historienne de l’art contemporain, Christelle Langrené, propose des visites commentées du POPA chaque samedi et dimanche. Pierre Kohler se sent comme un poisson dans l’eau dans le monde de l’art. Un monde de requins, pourtant? «Pas plus que celui des journalistes! Ou de la politique.»

«La différence entre un fou et moi, c’est que je ne suis pas fou.» La formule est de Dali, mais on dirait du Kohler.

INFO +

Porrentruy: POPA, Pierre-Péquignat 42. «Dali» jusqu’au 16 décembre, les samedis et dimanches de 10h à 18h. Visite commentée avec Christelle Langrené, les sa-di à 14h.

Illusions d’optique à tous les étages

New York a le MoMa et le Jura, le POPA (Porrentruy Optical Art). Ouvert en 2016, cet espace de 1000m2, aménagé sur trois étages dans une ancienne maison de la cité des Princes-Evêques selon une muséologie high-tech, ambitionne de devenir une référence européenne en matière d’art optique ou OpArt. Cette pratique explore la fiabilité de l’œil à Travers des illusions de mouvement, d’éclat de lumière, de vibrations.

Loin des précurseurs des années 1960 (Vasarely, Morellet, Sobrino, etc), le musée consacre son exposition permanente à la nouvelle génération: Cécile Plaisance qui affuble ses Barbies de burqas au gré du déplacement du spectateur; Patrick Hugues et ses hallucinantes perspectives inversées; Patrick Rubinstein aux facétieuses Marylin... Ludiques, interactives, les œuvres appartiennent à Pierre Kohler et à des amateurs d’OpArt. Deux fois par année, le musée propose également de grandes expositions temporaires: Degas et Rodin, Igor Ustinov, Dali.

Pas mal pour un musée aménagé dans une bâtisse du 16e siècle, «une ruine» quand Pierre Kohler l’a acquise «pour la sauver de l’abandon». Comme le canton du Jura n’en voulait pas, le retraité forcé de la politique l’a transformée en centre d’art sans lésiner sur les moyens. La folie des grandeurs? Non, la folie du beau, simplement.


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