12.08.2017, 00:01  

La feuille de métal qui froisse

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L’aluminium chinois (ici, une usine de la province d’Anhui) perturbe l’industrie américaine...

 12.08.2017, 00:01   La feuille de métal qui froisse

Par Rachel Richterich

ÉTATS-UNIS - Prétextant la sécurité nationale, Washington attaque l’aluminium importé de Chine, qui inonde le marché américain.

C’est le matériau clé. Hautement stratégique pour un pays dont le budget de la défense devrait atteindre 585 milliards de dollars cette année – les Etats-Unis représentent à eux seuls près de la moitié des dépenses militaires mondiales.

«L’aluminium est à la base de toute l’industrie de l’armement», souligne Guillaume Farde, spécialiste des questions de sécurité et de défense et...

C’est le matériau clé. Hautement stratégique pour un pays dont le budget de la défense devrait atteindre 585 milliards de dollars cette année – les Etats-Unis représentent à eux seuls près de la moitié des dépenses militaires mondiales.

«L’aluminium est à la base de toute l’industrie de l’armement», souligne Guillaume Farde, spécialiste des questions de sécurité et de défense et directeur associé du cabinet d’intelligence économique Althing. Il sert à la fabrication des véhicules blindés, des fuselages d’avions de chasse, des armes et munitions, entre dans la composition de l’acier. C’est donc au nom de la sécurité nationale que Washington s’en prend aux importations d’aluminium venant de Chine.

«La sécurité nationale est surtout un prétexte», nuance Nitesh Shah, stratégiste en matières premières chez ETF Securities. L’Administration Trump a pris des mesures aux douanes, cette semaine, contre l’aluminium chinois, qu’elle dit subventionné, exigeant des garanties financières des importateurs. Concrètement, les garde-frontières sont chargés de collecter un montant en caution, en attendant que l’enquête, ordonnée ce printemps, au sujet de la menace que représente cet aluminium pour la sécurité nationale ne livre ses conclusions, fin octobre, et aboutisse ou non à l’imposition de droits de douane.

Protectionniste

Mais pour l’analyste, «ces mesures relèvent davantage de promesses de campagne que de décisions stratégiques sécuritaires». Elles ont été mises en place dans la veine des attaques répétées de Donald Trump contre le libre échange et de ses engagements à protéger les emplois américains et à en créer de nouveaux. Du pain bénit pour les industriels de l’aluminium – la branche représente au total plus de 160 000 travailleurs aux Etats-Unis et 1% du produit intérieur brut –, qui ont fait valoir que la surproduction chinoise menaçait de provoquer leur effondrement. «Il y a quinze ans, les Etats-Unis comptaient 23 fonderies actives, contre cinq aujourd’hui, en raison de coûts d’exploitation plus élevés», souligne Stefan Graber, responsable de la stratégie en matières premières chez Credit Suisse.

Pourtant, si cette surproduction chinoise est bien réelle – elle est passée de 3,4 millions de tonnes d’aluminium primaire en 2001 à 31,7 millions de tonnes en 2015, selon les chiffres de l’Institut international de l’aluminium –, seuls 8% des importations de ce métal aux Etats-Unis viennent de Chine. «Loin derrière le Canada, qui compte pour la moitié des importations totales», explique Nitesh Shah. «Avec une part de 15%, l’Europe est aussi un fournisseur important», ajoute Stefan Graber.

De trop à trop peu

La tendance pourrait par ailleurs s’inverser, et plus rapidement que prévu. Les usines d’aluminium sont parmi les plus consommatrices en charbon et, donc, responsables d’importantes émissions de CO2. Or, «la réduction de la pollution est, avec la lutte contre la corruption, l’un des principaux axes de la politique intérieure de Pékin», rappelle Nitesh Shah. La Chine prévoit ainsi de tailler drastiquement dans les capacités de production de ses usines les plus polluantes et a demandé aux quatre principales provinces productrices de ce matériau, que sont Shandong, Shenzi, Hebei et Henan, de réduire temporairement leurs capacités dans une proportion comprise entre 30% et 50 pour cent.

«Trois villes de ces régions produisent à elles seules 20% de l’offre totale en aluminium. Si elles réduisent de 30% leurs capacités, cela conduirait à une baisse globale de l’offre de 6%, suffisant pour passer d’un contexte de surproduction à une situation de déficit», poursuit l’analyste. L’anticipation de ce potentiel manque conduit à une explosion des prix. Le cours de l’aluminium a progressé de 7% le mois dernier, 20% sur un an, atteignant 2000 dollars la tonne. Phénomène similaire avec les prix du charbon et de l’acier, qui ont crû de 80%, respectivement 70% en un peu moins de deux ans.

«Donald Trump pourrait donc assez facilement tenir sa promesse de campagne», relève Nitesh Shah. Mais les Etats-Unis risqueraient alors de devoir «trouver des alternatives, pour ne pas fragiliser leur stock de réserves stratégiques», selon Guillaume Farde. Car, «s’ils ont consommé 5,2 millions de tonnes de ce métal en 2016, ils n’en ont produit que 800000 tonnes», rappelle Stefan Graber.

«Toujours dépendants de la production étrangère...»

Le spécialiste explique cependant que «si les prix se maintiennent au-dessus des 2000 dollars la tonne, ils seraient suffisamment attractifs pour des investisseurs qui financeraient des projets pour réactiver la production intérieure», explique Stefan Graber. «D’autant plus si Washington prenait des mesures supplémentaires pour soutenir cette industrie, en subventionnant par exemple l’électricité.» Mais malgré tout, «les Etats-Unis seront toujours dépendants de la production étrangère», conclut-il. Et si le budget de leur défense est aujourd’hui en léger repli, «en raison du retrait des troupes américaines d’Irak», explique Guillaume Farde, il demeure trois fois plus élevé que celui du numéro deux, la Chine. Tiens donc...


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